Les trois lumières, Claire Keegan
- Fleur B.

- il y a 1 jour
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Les trois lumières est un court roman – ou plutôt une longue nouvelle car il en a les caractéristiques : une poignée de personnages campés en quelques traits bien choisis, une intrigue simple qui se dévoile par touches, une fin suspendue. Le récit adopte le point de vue d’une petite fille que son père confie pour l’été à un couple de fermiers, les Kinsella. L’écriture, à la fois précise, sensible et ciselée, gagne à être à hauteur d’enfant une force d’émotion rare. Dans cette Irlande rurale, le travail et les saisons rythment les journées. Ainsi, des prés non fauchés disent tout de la précarité d’une famille sur le point de s’agrandir encore : « même si je sais qu’elle ne veut ni l’un ni l’autre, je me demande si ma mère accouchera d’une fille ou d’un garçon cette fois. » Claire Keegan a ce génie du détail qui convient si bien à ses personnages de taiseux dont les gestes disent davantage que les mots. Tout comme l’enfant, le lecteur apprend à connaître, et à aimer, par de petits riens les Kinsella. Le roman est baigné d’une grande tendresse pour ses personnages - ce sont assurément les trois lumières du récit, une lumière chaude et douce d’un soir d’été. Au fil des jours, auprès de ces étrangers si différents de ses parents, la petite fille s’épanouit, trouve sa place : « Je continue d’attendre qu’un incident se produise, que ma sensation de bien-être s’envole – de me réveiller dans un lit mouillé, de faire une bourde, une énorme gaffe, de casser quelque chose – mais les journées se succèdent, très semblables. » Et puis vient la fin de l’été, mais comment quitter ceux que l’on a appris à aimer ?
Un roman splendide, tout comme son adaptation cinématographique par Colm Bairéad, The Quiet girl.
Les trois lumières, Claire Keegan, traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin, Le Livre de poche, 2025, 96 pages, 7,90euros.

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