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Nos vies sauvages, Hemley Boum

Photo du rédacteur: Fleur B.
Fleur B.
il y a 21 heures
2 min de lecture

Dans les premières et dernières pages de Nos vies sauvages, Ndolo, avocate et opposante politique à Paul Biya, s’adresse depuis la prison de Yaoundé à l’homme qu’elle a toujours aimé, Enow Alaka, juriste engagé en exil. Entre les deux, le roman déploie son histoire, d’une enfance choyée, particulièrement par son père, homme fort du régime, à un militantisme dangereux. La narration chorale offre de beaux portraits, subtils, nuancés et pas toujours reluisants, comme celui de Pascal, le mari de Ndolo, qui la trahit par orgueil. Les trahisons, nom donné à la moitié des chapitres, sont au cœur du roman. Elles sont le rouage central du fonctionnement de la sécurité d’Etat, dirigée d’une main de fer par Théodore Fokam : corruption, chantage, menace ou torture, tout y conduit dans ce règne de la peur. Zeinabou, la commissaire à l’origine de l’incarcération de Ndolo, n’ignore rien des agissements de son patron. Pour gagner son poste et le garder, elle-même a dû s’arranger avec sa conscience : « moi qui avais trahi, tant corrompu, tant menti, moi qui n’étais qu’un pur produit de ce régime, moi qui vivais en enfer avec le diable et ses comparses. » Sa rencontre avec Enow Alaka, puis avec Ndolo, vient bouleverser sa loyauté à un Président qui a trahi tous les espoirs que les Camerounais avaient placés en lui.


Zeinabou et Ndolo sont deux des femmes puissantes de ce beau roman. Elles acceptent, comme tant d’autres, une part d’aveuglement, de compromission, ou plus simplement un mariage sans amour, pour vivre libre dans un pays fortement patriarcal : « Une femme doit faire tout ce qu’elle peut pour survivre face à des hommes hostiles » défend Sippora, la mère de Ndolo. Le court chapitre qui lui est consacré et dans lequel elle se libère de son mari est particulièrement émouvant et saisissant : « J’ai ouvert grand les bras, respiré à pleins poumons et éclaté de rire. Je n’aurais plus jamais peur. Ma vieillesse serait un flamboiement, l’heure de ma dernière danse avait sonné. » Dans le chaos politique camerounais, ce sont les femmes qui, in fine, portent l’espoir de lendemains meilleurs.


Hemley Boum nous offre avec Nos vies sauvages un roman politique et féministe remarquable et détonant dans cette rentrée littéraire 2026.


Nos vies sauvages, Hemley Boum, Gallimard, 334 pages, 22 euros.

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