La Colline, Mathilde Beaussault
- Fleur B.

- il y a 2 jours
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Dans une cité de Rennes, la jeune Monroe se vide de son sang ; au même moment un nouveau-né est retrouvé dans une poubelle en bas de son immeuble. A partir d’un fait divers, Mathilde Beaussault tisse un roman noir à la forme chorale particulièrement efficace. Le lecteur est captif jusqu’à la dernière page.
La Colline saisit le lecteur dès son Prologue : une scène d’accouchement comme on en lit peu, décrite uniquement par les sensations qui irradient la mère - « coulée de lave », « mer démontée », « séisme », « cercle de braises ». Commencer son roman non par une mort mais par une naissance montre bien la singularité de l’écriture de Mathilde Beaussault. La construction du récit est particulièrement habile, la polyphonie est au service du suspense. En effet, l’urgence pour le lecteur n’est rapidement plus la même que pour les personnages qui prennent successivement la parole. Le bébé sauvé, l’enquête pour tentative d’homicide semble piétiner - comme le montre la retranscription des procès-verbaux - alors que la vie de Monroe, enfermée dans sa chambre, ne tient qu’à un fil. Les chapitres consacrés à la jeune fille sont menés de façon très sensorielle mais à la troisième personne. Jusqu’à l’Epilogue, Monroe est caractérisée par son silence. Elle est la seule voix que l’on n’entend pas. Néanmoins, son agonie fait rejaillir des souvenirs : les quelques mois heureux de sa grossesse qu’elle a passés à la campagne auprès de sa grand-mère esquissent le portrait d’une enfant meurtrie, rejetée par sa mère, violentée par son frère.
A travers sa galerie de personnages, La Colline ramifie les violences subies par les femmes et une forme de sororité, une transmission, cette fois positive, éclot : une grand-mère qui ouvre la voie à la parole, une femme violée qui se rend au chevet d’une autre. Mathilde Beaussault évite tout manichéisme et brosse aussi de beaux portraits d’hommes, ceux à qui elle donne voix sont bons et doux. L’autrice n’oublie pas non plus son lecteur, plongé dans un roman éprouvant, l’humour s’insinue malicieusement grâce à un personnage de femme haut en couleur qui n’a pas la langue dans sa poche : « C’est là qu’une meuf qui fait cling-cling de partout entre. […] Elle a mis plus de bagues qu’elle a de doigts et elle brille dans le rayon de soleil qui meurt sur le lit de Lazuli. Elle sent le parfum à vous filer une migraine ophtalmique ».
Un second roman particulièrement réussi et prenant.
La Colline, Mathilde Beaussault, Editions du Seuil, 2026, 334 pages,19,90 euros.



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