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Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy

  • Photo du rédacteur: Fleur B.
    Fleur B.
  • il y a 22 heures
  • 3 min de lecture

Après la réinsertion des loups en Ecosse dans son roman précédent[1], Charlotte McConaghy poursuit dans la veine du thriller écologique mais cette fois en plaçant son intrigue en plein océan Antarctique, sur une île où se trouve une réserve mondiale de semences « construite pour résister à toutes les sortes d’attaques du monde extérieur ; sa fonction était de survivre à l’espèce humaine, de continuer d’exister au cas où un groupe d’individus devrait un jour recréer à partir de zéro la chaîne alimentaire qui nous nourrit ». Shearwater est un lieu fictif mais fortement inspiré par Macquarie, une île subantarctique, située entre la Tasmanie et l’Antarctique, qui abrite une faune exceptionnelle.


Dominic Salt y a été embauché comme gardien des bâtiments. Il vit ainsi coupé du monde, à l’exception d’une poignée de scientifiques, avec ses trois enfants : Raff, Fen et Orly. Or, avec le réchauffement climatique, l’eau monte dangereusement, et peu à peu l’océan submerge l’île. Les graines ne sont plus en sécurité, il faut organiser leur rapatriement. La famille Salt finit de conditionner les graines avant leur départ définitif, quand une femme inconnue échoue sur leur île : comment est-elle arrivée là, au milieu de nulle part ? sa présence est-elle vraiment le fruit du hasard ? De son côté Rowan, la naufragée, s’interroge aussi : que lui cache cette famille ? Pourquoi Fen vit-elle sur la plage et non dans le phare avec ses frères et son père ?


Sur cette île balayée par vents et tempêtes, le passé a laissé son empreinte, celle des « hommes qui ont bâti leurs vies avec le sang des créatures de ce monde », les chasseurs de baleines et de phoques. Si Orly entend les voix de ces animaux décimés, les autres membres de la famille Salt sont, d’une façon ou d’une autre, hantés par leurs propres fantômes : « L’air de Shearwater est alourdi par les esprits des morts. Mais [ …] seuls les vivants ont le pouvoir de faire du mal ». Les deux autres enfants possèdent eux-aussi une forme de don, une sensibilité exacerbée, qui les lie étroitement à la nature environnante. Fen vit pratiquement avec une colonie d’otaries, nage et plonge avec elles. Raff enregistre les chants des baleines et cherche avec son violon à les magnifier. Rowan se sent d’autant plus proche de cette famille qu’elle vivait elle aussi en pleine nature avant qu’un feu fasse partir en fumée l’Eden qu’elle avait bâti de ses mains.


Le roman est un formidable page-turner et il ne faut pas bouder son plaisir. Le récit se concentre à chaque chapitre sur un personnage, ce qui permet de montrer à la fois les suspicions et doutes de chacun tout en laissant poindre leur part de mystère. Tous cachent quelque chose - aux autres et au lecteur. Les secrets se lèvent lentement, le suspense est tenu jusqu’aux dernières pages. Néanmoins cette narration dysfonctionne quelque peu. L’écriture ne marque aucune différence entre les personnages qui n’ont pas de voix propre. Cela devient particulièrement gênant pour les chapitres consacrés à Orly : celui-ci raconte à Rowan des histoires, celles des graines qu’il affectionne particulièrement, dans une langue qui rappelle celle d’une revue scientifique et non d’un enfant de huit ans. Autre bémol, la fin est certes particulièrement haletante, mais elle multiplie inutilement les rebondissements et épuise le lecteur qui se serait contenté de bien moins.


Les fantômes de Shearwater n’en reste pas moins un roman addictif que vous ne lâcherez pas !


Les fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy, traduit de l’anglais (Australie) par Marie Chabin, Gaïa, Actes Sud, 2026, 373 pages.


[1] Je pleure encore la beauté du monde, Babel, 2026.

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