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A voix haute, Polina Panassenko

Photo du rédacteur: Fleur B.
Fleur B.
il y a 1 jour
3 min de lecture

Dans Tenir sa langue, beau prix Femina des lycéens en 2022, Polina Panassenko racontait avec beaucoup d’humour son arrivée en France suite à la chute de l’URSS, son enfance tiraillée entre deux pays et son long combat administratif pour redevenir Polina après la francisation de son prénom en Pauline lors de sa naturalisation.


A voix haute, une fiction, en semble le prolongement car la narratrice a beaucoup en commun avec celle de Tenir sa langue, à commencer par un départ de la Russie pour la France pendant l’enfance. Ou plutôt le contrepoint puisque dans ce roman la narratrice retourne en Russie, dont elle n’a plus tout à fait les codes. On retrouve avec plaisir une écriture fluide, vive et joueuse. Polina Panassenko a l’art du détail amusant qui en dit long, et celui de la scène : l’audition pour intégrer le célèbre théâtre national de Moscou donne lieu à un chapitre savoureux. Admise, la narratrice nous en décrit le fonctionnement patriarcal et sexiste : pour ne citer qu’un exemple, « toutes les filles ont un rôle de garniture » ou de faire-valoir des hommes. Chaque promotion a un « Maître », qui délègue en partie son rôle de formateur à « L’Autre-Maître ». Tous les lundis, les élèves sont invités à écrire leurs « impressions », sorte de journal intime dans lequel « personne n’écrit vraiment ce qu’il pense ». Les dimanches sont consacrés au visionnage de films patriotiques, et le caractère facultatif de ces séances n’est qu’illusoire. C’est toute la Russie qui se raconte dans le microcosme de cette institution renommée.


En parallèle de cette expérience déceptive, mais drolatique et sidérante pour le lecteur, dans la « meilleure école du monde », la narratrice raconte sa cohabitation avec son grand-père. Ce dernier est marqué par la mort de son propre grand-père à des milliers de kilomètres de chez lui : « Il a disparu. Une nuit, on est venu frapper à sa porte. Il a été emmené. On ne l’a jamais revu. » Face à ce fantôme persistant, la narratrice décide de mener son enquête, qui la conduit aux archives de différentes instances dont celles du KGB : « En théorie, le KGB n’existe plus. Ça s’appelle le FSB depuis 1995. Grâce aux conseils du « statut ambassadeur » je découvre que le KGB devenu FSB a un site web. […] Ceux qui disent que l’écran d’un ordinateur désinhibe, que les gens se lâchent, je pense qu’ils ne sont jamais allés sur le site du FSB. A l’instant où la page s’ouvre, on en a envie de partir. » Elle navigue dans les méandres de l’administration russe, brave la suspicion ambiante et les pressions familiales - dont une tentative de corruption paternelle assez cocasse. Surtout elle refuse de céder au silence et à la peur qui sont le terreau de la Russie : « La peur se transmet de génération en génération […] C’est le résultat du silence et de l’absence de condamnation des coupables. Dans notre pays, il est devenu difficile de ressentir la douleur, le chagrin, la perte de ceux qui ont péri pendant les répressions et les guerres. Ces émotions ont été remplacées. On leur a substitué l’emphase et la fierté de la victoire.»  La narratrice propose un nouveau chemin, celui de la mémoire « à voix haute », et sort son aïeul de l’oubli.


A voix haute, Polina Panassenko, Editions de l’Olivier, 2026, 19,50 euros, 260 pages.

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