Ordures ! Journal d’un vidangeur, Simon Paré-Poupart

Simon Paré-Poupart, éboueur à Montréal depuis plus de vingt ans, nous livre son expérience et ses réflexions. Et l’on découvre avec étonnement et amusement (car le récit est truffé d’anecdotes et d’expressions savoureuses) son parcours et son quotidien. Tout d’abord, ce métier s’inscrit dans une revendication virile : montrer que l’on est un homme et pas un « fils à môman ». Il faut dire que « pratiquer ce sport de haut niveau qu’est la collecte des ordures » au Canada dans les années 2010 demande une forme athlétique et des qualités d’endurance : porter des sacs de trente kilos, courir derrière les camions pendant des tournées de vingt-cinq kilomètres, supporter les odeurs, la chaleur, le froid, la neige… Beaucoup ont recours à des drogues pour tenir le rythme imposé par des entreprises privées et les accidents sont fréquents. Mais, à l’inverse des sportifs de haut niveau, les « vidangeurs » (comme on les nomme au Québec) ne retirent ni richesse, ni prestige de leur performance. Au contraire, ils se heurtent souvent à l’incivilité et au mépris des habitants. Parmi ceux qui exercent cette activité, beaucoup d’exclus, de marginaux des « hommes-déchets » qui ont trouvé là leur place, un monde haut en couleurs, fier et solidaire, avec des personnalités excentriques que l’auteur nous décrit avec empathie : « J’aime le Far West qu’est le monde des vidanges. J’aime me trouver sur la mince ligne qui sépare le propre et l’impropre. »
Simon Paré-Poupart appartient à ce monde tout en l‘analysant ; à mi-temps vidangeur, à mi-temps écrivain, il a aussi fait des études en sociologie, été éducateur et journaliste. Il retrace l’évolution des sociétés en ce qui concerne la gestion des rejets, rebuts, ordures, déchets, et constate les conséquences dramatiques de l’hyperconsommation. Face à ce gaspillage qui menace la planète, le recyclage n’est qu’un remède imparfait. La seule solution reste la sobriété. L’auteur en donne l’exemple puisque, comme un ferrailleur, un chiffonnier ou un glaneur d’autrefois, il pratique le freeganisme, un mode de vie fondé sur la récupération. Un rebelle à sa manière, « osti d’câliss ! »
Ordures ! Journal d’un vidangeur, Simon Paré-Poupart, Lux Éditeur, 2026, 144 pages, 14 euros.



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