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Ici, maintenant, Tom Newlands

Photo du rédacteur: Fleur B.
Fleur B.
il y a 17 heures
3 min de lecture

Cora Mowat, 14 ans, vit avec sa mère en situation de handicap, dans la bourgade balnéaire écossaise (et fictive) de Muircross. En échec scolaire, l’adolescente bout de colère et d’impatience, rêve de rejoindre une ville plus grande où les horizons le seraient aussi : « Dans le coin, les options pour les filles comme moi c’étaient l’école ou un chiard, la mise en rayon ou le vol à l’étalage, le gin dans les Weetabix ou la langue dans la prise. Je voulais un avenir à moi, mais je pouvais pas le choisir contrairement à d’autres. » L’été l’écrase de sa chaleur, elle erre dans la ville en attendant la rentrée et sa première histoire d’amour. Lorsque sa mère lui présente Gunner, son nouveau compagnon, l’univers de Cora tremble un peu plus. Celui-ci lui offre de magnifiques Asics rose : jamais elle n’a eu de chaussures si belles, un cadeau qui réponde à ce point à ses désirs - « Quand j’étais petite, ma maman m’a dit que le père Noël, il trouvait pas Muircross ». Dans l’ici, maintenant de Cora, ce genre de geste n’existe pas, personne n’en a les moyens, et elle comprend rapidement qu’il ne les lui a pas achetées. Sa colère contre Gunner trouve encore d’autres motifs jusqu’à ce qu’un accident les rapproche bien malgré eux.


Ici, maintenant tient autant d’un roman d’apprentissage classique que d’un film de Ken Loach. La jeune Cora cherche à tout prix à échapper au déterminisme social qui enferme les habitants de sa ville natale dans la misère et la violence : « Béton, baston et fiente, c’était ça Muircross. » Le récit la suit dans son passage de l’adolescence à l’âge adulte, entre 1994 et 1998, et dans une ascension sociale toute relative, de Muircross à Glasgow.


La grande réussite de ce premier roman réside dans la narration à la première personne qui colle à son héroïne atypique. En effet, Cora est TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), comme l’auteur, et le lecteur est plongé dans le tourbillon de ses pensées : « J’ai aucun contrôle sur ma vie. Tous les autres font des choix. Pas moi. Les gens regardent leur montre, ils planifient des trucs. Moi, j’en suis pas capable. C’est dur pour moi de réfléchir avant d’agir. » L’écriture nous la rend particulièrement attachante grâce à sa voix, une langue qui claque, qui vibre, qui fuse. Les autres personnages, même s’ils sont loin d’être des modèles, sont pour la plupart tout aussi touchants – chacun livre sa propre bataille en espérant contrer son destin : « Un truc qu’on apprenait en grandissant, c’était comment se tirer de là – grâce aux promesses, aux aides de la mairie, aux gains du bingo. » A l’image de son héroïne, le roman nous emporte à vive allure d’une péripétie à l’autre. Les actions s’enchaînent avec pour seul temps mort celui des dialogues, savoureux d’humour (noir) ou par la force des non-dits qui se font malgré tout entendre.


A la fois dramatique et drôle, émouvant et virevoltant, Ici, maintenant est un vrai plaisir de lecture. Tom Newlands a prévu de raconter la suite des aventures de Cora, nous les attendons avec impatience.


Ici, maintenant, Tom Newlands, traduit de l’anglais (écosse) par Marguerite Capelle et Anatole Pons-Reumaux, éditions Métailié, 2026, 368 pages, 23 euros.

 

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