Atelier 4, Hélène Gestern
- Fleur B.

- il y a 21 heures
- 2 min de lecture
Alors qu’Irène, médecin généraliste s’apprête à rejoindre sa sœur Natacha pour les vacances, deux policiers lui annoncent que celle-ci a été retrouvée morte suite à une chute sur son lieu de travail, une usine de fabrication de papier. Déni, sidération, la narration à la première personne rend compte de façon presque clinique du sentiment d’irréalité qui saisit Irène et ne la quittera plus : « Ils se trompaient. C’était forcé, ils se trompaient. […] S’ils avaient besoin d’une identification, c’est donc qu’ils n’étaient pas sûrs qu’il s’agissait de toi. » Un surmenage, lié notamment à la maternité de Natacha, est avancé comme une piste sérieuse - accident par défaut de vigilance ou même suicide. Mais Irène n’y croit pas, refuse d’y croire, même lorsqu’elle découvre que sa sœur avait ses secrets. D’ailleurs, cela n’explique pas ce que Natacha faisait à l’atelier 4, en pleine nuit, et de surcroît un week-end. La police elle-même s’interroge, une information judiciaire est ouverte : « La nouvelle a été un choc. Tout à coup, nous étions jetés dans un autre monde, de soupçons, d’interrogatoires et de dissections du moindre élément de ta vie. Un monde de doutes. » L’enquête est longue, laborieuse, et, si la famille ne se constitue pas partie civile, aucune information ne lui est donnée. Irène s’impatiente, incapable d’ « habiter correctement le monde depuis [la mort de sa sœur] » et de laisser en suspens tant de questions sans réponse. Elle choisit de mettre entre parenthèses sa vie professionnelle et personnelle et mène ses propres recherches. Elle contacte les collègues de Natacha, réticents à parler – par peur de représailles ? Un management toxique émerge peu à peu et Irène craint de plus en plus de ne pas avoir vu les indices d’une possible dépression de sa sœur. Néanmoins, la somme importante proposée au mari de Natacha pour qu’il renonce à se constituer partie civile pousse Irène à poursuivre ses investigations. La mort de sa sœur semble inquiéter en haut lieu - qu’avait-elle découvert ?
Hélène Gestern raconte ce deuil impossible, cette quête de vérité, dans un long monologue d’Irène à sa sœur. Le lecteur suit ainsi la narratrice dans ses recherches, vaines d’abord, jusqu’aux preuves qui font la lumière sur la mort de Natacha : « En deux mots le chaos de ta mort s’était éclairé. » L’écriture réaliste, notamment dans la complexité et la lenteur d’une information judiciaire, ferait oublier qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Le roman noir est un prétexte pour composer un roman social sur la souffrance au travail, qui touche toutes les professions. La narration est ainsi entrecoupée de témoignages de patients d’Irène en burn-out, formant un roman choral - autant de voix qui crient le mal-être de nombre de salariés, quand « le travail devrait être un droit et une dignité. »
Atelier 4, Hélène Gestern, Grasset, 2026, 281 pages, 21,50 euros.



Commentaires