La traversée vers Mascate, Cay Rademacher
- M. O.

- il y a 15 heures
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Marseille, 1929. Theodor Jung, photographe allemand, embarque avec sa femme Dora et la famille de celle-ci à bord du Champollion à destination de Mascate. Son beau-père, Hugo Rosterg, veut y acheter des épices dont il fait commerce. Mais, très vite, tout se complique. Dora disparait mystérieusement. Personne ne semble l’avoir vue à bord et Theodor en vient à douter de sa présence au départ à Marseille. Est-il devenu fou ? Veut-on l’accuser d’avoir assassiné sa femme avant l’embarquement ? Le huis clos du paquebot et l’ambiance cosmopolite sont dignes d’un roman d’Agatha Christie. Chaque passager semble cacher un secret : l’italien Marinetti, le premier officier Dorgelès, l’ingénieur américain Steve Adams, Lady Westmacott, l’extravagante danseuse Anita Berber, autant de figures énigmatiques… Jusqu’à Dora elle-même que son mari croyait connaitre et Hugo Rosterg, l’honorable négociant, impliqué dans de louches trafics. Pendant les douze jours de la traversée mouvementée, le photographe mène discrètement l’enquête, secondé par Fanny, la femme de chambre de sa cabine.
Comme dans sa Trilogie hambourgeoise, Cay Rademacher inscrit habilement son récit dans le contexte historique. Dix ans après sa fin, la trace de la Grande Guerre est encore prégnante. Theodor est hanté par des cauchemars suite à l’accident qu’il a vécu dans un sous-marinier allemand en 1918 et il se répète cette prédiction macabre : « Si je meurs, ce sera en mer ». La disparition de Dora fait écho à celle de nombreux soldats dont les corps n’ont pas été retrouvés, parmi lesquels le fiancé de Fanny. Et déjà, la menace se profile. Les années folles de Berlin sont terminées, la mise au pas est engagée : « On était raisonnable à présent, sportif et moderne ». Marinetti loue l’Italie fasciste ; Ernst, le frère de Dora, est membre des SA.
L’oeil aigu du photographe avec son Leica et la plume du narrateur nous offrent des évocations précises des lieux traversés lors des escales : Port-Saïd, la Vallée des rois, le canal de Suez, Aden…
Tout contribue à tenir en haleine le lecteur : la narration, les rebondissements, l’atmosphère et surtout la sympathie que l’on éprouve pour le protagoniste. Jusqu’à la fin ouverte qui nous laisse espérer un retour de Theodor Jung dans un prochain roman ?
La traversée vers Mascate, Cay Rademacher, traduit de l’allemand par Georges Sturm, Editions du masque, 2025, 432 pages, 9,10€.



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