Les maisons parachutées, Didier Daeninckx
- M. O.

- il y a 24 heures
- 2 min de lecture
Nevers, 1952. Trois mystérieux cadavres sont découverts dans un chantier. Tous trois sont d’anciens militants politiques déportés à Mathausen et ont été abattus d’une balle dans la tête. L’inspecteur Orbec qui mène l’enquête plonge dans les zones troubles de la guerre et de l’Occupation. L’affaire résonne aussi avec sa propre histoire car son père, lui-même policier, a été abattu par la Résistance. Règlements de comptes, querelles politiques, détournements de fonds, l’auteur multiplie les vraies et fausses pistes. Ces dernières, si elles ne mènent pas à la résolution de l’énigme, s’avèrent aussi nécessaires pour retracer le contexte et comprendre l’époque.
Daeninckx renoue dans ce nouveau roman avec ses thèmes de prédilection - la Seconde Guerre mondiale et la Résistance, la banlieue parisienne et la vie ouvrière, le parti communiste et les exclusions… A partir de faits historiques et d’éléments biographiques - deux des personnages sont inspirés par des membres de sa famille, son grand-oncle à qui le livre est dédié et son beau-père - il imagine, il tisse une intrigue. S’appuyant sur une formidable documentation et sur la lecture des journaux locaux de l’époque, il reconstitue avec précision, dans les moindres détails du quotidien, ce début des années cinquante - les voitures, les repas, les films à l’affiche … Il fait ainsi un travail d’historien et de romancier. Nous suivons les journées de l’inspecteur Orbec occupé aussi par d’autres affaires, la « malédiction nivernaise » : vol de machines à écrire, expulsion de locataires illégaux, évasion de deux prisonniers, féminicide, avortement… Il est également appelé à encadrer des événements festifs : passage de la dernière étape du Tour de France, venue du fakir Yvon Yva ou réjouissances du 14 juillet. Et, régulièrement, comme un inventaire à la Prévert, il transmet au journaliste local, pour sa rubrique « Epaves », la liste des objets trouvés : « un slip de bain, une botte de caoutchouc (gauche), un oeil de verre, une épuisette ».
Passionnant et (trop?) foisonnant, le livre aborde différentes questions et regorge d’anecdotes pittoresques comme si l’auteur, lui-même passionné, n’avait pu renoncer à aucune. Son roman révèle des aspects méconnus de la politique nazie et de la reconstruction industrielle d’après-guerre. Mais surtout, Daeninckx fait exister des personnes simples auxquelles il donne vie et rend hommage. Comme Odette, l’ancienne déportée qui collecte des informations sur les camps, il veut écrire contre l’oubli : « Aujourd’hui, le mensonge est partout, et si nous restons silencieux, c’est lui qui servira d’héritage. »
Les maisons parachutées, Didier Daeninckx, Gallimard, 2026, 227 pages, 20,50 euros.



Commentaires