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Le jardinier et la mort, Guéorgui Guospodinov

  • Photo du rédacteur: Fleur B.
    Fleur B.
  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture

Pour évoquer Le jardinier et la mort, on pourrait se contenter d’un florilège de citations tant l’écriture de cet émouvant récit de deuil parle d’elle-même. On ne peut s’empêcher de récolter page après page des fulgurances poétiques semées avec délicatesse, et parfois humour, dans ce jardin du souvenir, et ce dès les premières lignes : « Mon père était jardinier. À présent, c'est un jardin. Je ne sais par où commencer. Que ceci soit le début. Il est question de fin, évidemment, mais où la fin commence-t-elle ? » 


Pour l’auteur, la fin commence dix-sept ans plus tôt, alors qu’on diagnostique à son père un premier cancer, « rien d’effrayant » lui assure ce dernier selon sa formule consacrée. Profitant de ce long sursis, il se met à cultiver un jardin foisonnant, semant la vie saison après saison, y consacrant tout son temps et toute son énergie malgré l’inquiétude de ses proches de le voir s’épuiser : « Le jardin était son autre vie possible, sa voix et tout ce qu'il taisait. C'est par lui qu'il parlait, et ses mots étaient pommes, cerises, grosses tomates rouges. La première chose qu'il faisait à mon arrivée était de m'y emmener et de me le montrer. Il était à chaque fois différent. » Le jardinier, bien trop occupé à planter, sarcler, biner, désherber, récolter, semble réussir à tenir la mort à distance. Lorsqu’un médecin annonce que son cancer s’est généralisé, là encore il cherche à gagner du temps : peut-être jusqu’à la saint Guéorgui ? ou jusqu’aux « cou-cou » du coucou, qui selon le folklore bulgare indiquent le nombre d’années qu’il reste à vivre ? ou au moins jusqu’à Noël ?


Guéorgui Gospodinov raconte avec pudeur et poésie la mort de son père, les jours à la fois terribles et précieux qui la précèdent, et toutes ces premières fois désarmantes qui la suivent. Un récit de deuil donc, mais sans noirceur ni pesanteur : « J'aimerais qu'il y ait de la lumière, une lumière d'après-midi, douce, dans ces pages. Ce n'est pas un livre sur la mort, mais sur la tristesse de voir la vie qui s'en va. » Et l’on pense bien sûr à L’année de la pensée magique de Joan Didion. Au fil des courts chapitres, les souvenirs s’égrènent et retardent le moment fatidique où la mort advient, quelques jours avant Noël, puis ils en conjurent l’intolérable vérité. Les souvenirs ce sont aussi et surtout les histoires que racontait ce père d’un autre temps, un temps où la Bulgarie faisait partie du bloc soviétique et où les enfants étaient une affaire de femmes. Et puisque « ne survivent que les histoires », l’auteur nous les raconte à son tour, esquissant le portrait d’un homme que l’on se met nous aussi à aimer.

Un récit lumineux sur le deuil. Rien d’effrayant.


Le jardinier et la mort, Guéorgui Guospodinov, traduit du bulgare par Marie Vrinat-Nikolov, Gallimard, 2025, 240 pages, 21,50 euros.

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