Le jour où Mr Prescott est mort, Sylvia Plath
- Fleur B.

- il y a 2 jours
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Quel plaisir de se (re)plonger dans la prose de Sylvia Plath, son style enlevé, primesautier, qui dessine avec acuité, et un subtil sens de l’humour, des personnages qui nous semblent familiers. On retrouve dans ce recueil - qui rassemble treize nouvelles et cinq articles - des motifs, des thèmes, des inquiétudes présents dans La cloche de détresse et dans les poèmes d’Ariel : les ifs noirs, la mer, les relations amicales et familiales, les difficultés de l’écriture, et la mort bien sûr, omniprésente. « La boîte à souhaits » ne peut se lire sans penser au suicide de l’autrice.
Le recueil est précédé d’une préface de Ted Hughes que l’on peut lire avec circonspection. Il met en garde sur la médiocrité de certains textes, d’ailleurs écartés par Sylvia Plath : « quelques-unes démontrent, de façon plus flagrante que les nouvelles les plus fortes, à quel point une simple présence objective des choses et des événements gelait son imagination et sa fantaisie ». Encore un male gaze qui nous impose à l’orée de l’œuvre sa propre grille de lecture. Il faut s’en défaire et se laisser emporter par l’écriture de Sylvia Plath qui fait au contraire jaillir la fantaisie dans un quotidien morne et monotone. Dans « Dimanche chez les Minton », l’autrice peint avec malice la vie étriquée d’Elizabeth avec son frère Henry, dont la maison semble avoir absorbé la raideur : « La pièce elle-même parut prendre ombrage de pareille insolence. Élizabeth, elle en était sûre, avait vu les chenets se raidir et, au-dessus de la cheminée, la tapisserie bleue avait nettement pâli. La grande horloge la regardait bouche bée, muette avant le prochain tic de réprobation. »
Chaque nouvelle est un instantané dans la vie d’un personnage, souvent juste quelques heures, une situation à la fois anecdotique et exceptionnelle, un moment clef, un tournant, raconté sans point de vue surplombant et moralisateur. Le recueil offre ainsi une galerie de femmes croquées dans leur quotidien, dont la légèreté apparente s’effrite au cours du récit et laisse entrevoir les failles, le tragique des existences. Bien que Ted Hughes ait écrit que « son regard sur les choses était celui d'un peintre de nature morte », Sylvia Plath semble plutôt une artiste de l’esquisse, qui en quelques traits, avec quelques détails ou réparties de ses personnages touche à la vérité, démasque la grande comédie humaine de l’Amérique bien-pensante des années cinquante. « La conseillère d'orientation des filles diagnostiqua sur le champ mon problème. J'étais par trop dangereusement cérébrale. Si l'on ne me tempérait pas par des activités extrascolaires appropriées, mes trop bons résultats risquaient fort de m'entraîner dans le néant. » note-t-elle ainsi non sans ironie dans « America ! America ! ».
Le jour où Mr Prescott est mort est le recueil d’une grande nouvelliste et invite à en prolonger la lecture avec ses poèmes.
Le jour où Mr Prescott est mort, Sylvia Plath, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Nicolas, éditions la table ronde, 2017, 326 pages.



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