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Nous serons tempĂȘte, Jesmyn Ward

  • Photo du rĂ©dacteur: Fleur B.
    Fleur B.
  • 23 janv.
  • 2 min de lecture

Alors que Trump entend réécrire le passĂ© esclavagiste de son pays, nous ne pouvons que nous rĂ©jouir de voir fleurir une littĂ©rature Ă©tasunienne qui hisse au statut de hĂ©ros romanesques des personnages d’esclaves, du magistral Beloved de la Prix Nobel Toni Morrison au brillant James de Percival Everett. Nous serons tempĂȘte de Jesmyn Ward s’inscrit dans cette lignĂ©e.


Et de lignĂ©e il est justement question dans ce beau roman, celle d’Annis, nĂ©e esclave d’un viol commis par son maĂźtre. Sa mĂšre lui enseigne tout ce qu’elle a appris de la sienne, Mama Aza, Ă©pouse guerriĂšre du roi des Fons (au Dahomey, l’actuel BĂ©nin), les plantes et les champignons qui soignent ou qui tuent, et surtout l’art du combat et celui de la survie : « La premiĂšre leçon que les Ă©pouses guerriĂšres plus chevronnĂ©es qu'elle ont inculquĂ©e Ă  Mama Aza, c'est celle-ci : cours. »


SĂ©parĂ©e de sa mĂšre, Annis doit apprendre Ă  survivre seule dans la plantation et Ă  Ă©chapper Ă  la concupiscence de son maĂźtre. Elle trouve l’amour et la tendresse perdus auprĂšs d’une autre jeune esclave, Safi. Mais lorsque leur maĂźtre s’en aperçoit, il les vend. Commence un long et pĂ©nible pĂ©riple jusqu’à La Nouvelle-OrlĂ©ans, les femmes sont encordĂ©es et les hommes enchaĂźnĂ©s, tous soumis Ă  la brutalitĂ© de « l’homme de GĂ©orgie » : « il veut nous transformer en troupeau, mais ce n'est pas ce qu'on est.» Annis espĂšre marcher sur les traces de sa mĂšre, peut-ĂȘtre la retrouver. D’ailleurs une silhouette familiĂšre semble suivre le convoi. Elle fait alors connaissance avec un esprit-tempĂȘte qui se manifeste Ă  elle sous les traits et le nom de sa grand-mĂšre Aza. Mais face aux esprits, il faut rester mĂ©fiant car eux-mĂȘmes ne servent avant tout que leur propre intĂ©rĂȘt. Aza se rĂ©vĂšle nĂ©anmoins une compagne si ce n’est une alliĂ©e.


Chez sa nouvelle maĂźtresse, Annis comprend vite que lĂ  encore la colĂšre des Blancs n’est jamais loin et frappe sans prĂ©venir. Elle se lie peu Ă  peu Ă  ses compagnes d’infortune, prĂȘte attention aux rumeurs d’esclaves qui vivent libres dans les marais. Elle interroge Aza sur le destin de sa grand-mĂšre et de sa mĂšre, poursuivant ainsi l’éducation que celle-ci tenait Ă  lui donner : « T'enseigner les techniques de combat de Mama Aza, ses histoires... c'est une maniĂšre de prĂ©server un monde diffĂ©rent. Une autre maniĂšre de vivre. Ce monde-lĂ  non plus n'Ă©tait pas parfait, mais il Ă©tait moins mauvais que celui-ci. » Cette mĂ©moire du passĂ© conjuguĂ©e aux rĂ©cits de conquĂȘte de liberté des siens soutient le mince espoir nĂ©cessaire Ă  Annis pour se battre encore et encore pour sa survie.


Jesmyn Ward nous offre un rĂ©cit initiatique empreint des croyances animistes du Dahomey. Un roman salutaire au cƓur de la tempĂȘte.


Nous serons tempĂȘte, Jesmyn Ward, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles RecoursĂ©, Belfond, 2025, 237 pages.

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