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Promesse, Rachel Eliza Griffiths

Photo du rédacteur: Fleur B.
Fleur B.
il y a 17 heures
3 min de lecture

Les romans sur l’histoire esclavagiste des Etats-Unis fleurissent avec réussite ces dernières années. Pour son premier livre de fiction, dans les pas de Toni Morrison, Rachel Eliza Griffiths, s’intéresse à la persistance d’un racisme aux racines profondes dans les états du Nord à la fin des années 50.


Cinthy, la narratrice, vit avec son père, sa mère et sa sœur aînée, Ezra, dans la petite ville de Salt Point en Nouvelle-Angleterre. Sa famille, les Kindred, et celle des Junkett sont les deux seules de couleur, ce qui les a rapprochées. Les deux pères travaillent au lycée, le premier comme professeur, le second s’occupe de l’entretien : « Quand mon père s'était retrouvé embauché à Hobart, de nombreux villageois avait protesté. Ils désapprouvaient l'idée qu'un noir vive parmi eux et instruise leurs enfants. Lorsqu'ils finirent par comprendre que mon père resterait dans son coin et ne pousserait pas l'intégration au-delà d'un léger signe de tête derrière le volant de sa voiture, ils nous laissèrent tranquilles. » Au début du roman, Cinthy, Ezra et Ruby, leur voisine blanche, se préparent pour la rentrée des classes : « Ruby était blanche, mais comme elle était pauvre, on la considérait à peine mieux que nous ». L’amitié entre les jeunes filles semble d’ores et déjà fragile car celles-ci pressentent bien tout ce qui les éloigne, à commencer par leur couleur de peau. Par ailleurs, Ruby est délaissée par sa mère et battue par son père, alors que Cinthy et Ezra sont choyées, éduquées, aimées. Est-ce bien dans l’ordre des choses ? Ruby se laisse peu à peu gagner par cette revanche à prendre, quelles qu’en soient les conséquences pour ses voisines. La mort de leur institutrice, qui voyait tout le potentiel de Cinthy, est le premier rouage qui dérègle l’équilibre précaire des rapports entre les Kindred et les Junkett et leurs concitoyens. La nouvelle institutrice, incompétente mais nièce du propriétaire du lycée, répand peu à peu le venin d’un racisme dormant mais prompt à se déchaîner.


Construit en trois parties, et se déroulant sur une année, Promesse raconte comment ces deux familles, tolérées jusque-là, subissent une pression grandissante : « Mais quelque chose était en train de changer en cette fin d'été 1957. Tandis que les nouvelles en provenance d'autres régions du pays rapportaient des conflits autour des questions de liberté, d'égalité et de justice pour les Noirs, notre présence inquiétait de plus en plus les villageois ». Le récit s’interrompt à plusieurs reprises, le temps d’un chapitre, pour raconter l’histoire de membres de la famille Kindred, marquée à la fois par le racisme et une conquête de liberté. Inspirées par leurs aïeul.e.s, Cinthy et Ezra sont décidées à se battre malgré le danger encouru. La tension et la violence vont crescendo, donnant un rythme de plus en plus haletant au roman. Dans la troisième partie, les deux familles doivent se reconstruire une vie et retrouver, malgré tout, la joie perdue : « Entourée d'ancêtres incandescents, j'exalterai le courage requis pour chanter, rire et dévorer le festin doux-amer de l'amour ». Le titre, Promesse, est peut-être celle de lendemains meilleurs, portés par l’amour des siens, vivants et morts, « pour que nous ne nous consumions pas seuls dans les brasiers de ce monde ».


« Je ne suis qu'une seule voix - parmi les innombrables femmes à la peau sombre qui vivent dans les fleuves, les cendres, les lunes et les océans » ; derrière celle de Cinthy, Rachel Eliza Griffiths est assurément une voix à suivre, et à (re)connaître pour sa plume poétique, affutée et sensible (saluons le travail remarquable de sa traductrice), et non seulement comme la compagne de Salman Rushdie.


Promesse, Rachel Eliza Griffiths, traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ertel, Gallimard, 456 pages, 24 euros.

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